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Saga en rib dans les îles allemandes de la mer du Nord |
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Avec l'idée de nous amariner un peu plus, Renaud et moi décidons de repérer de nouveaux terrains d'aventure. En même temps nous souhaitons passer le cap du Nouvel An dans la plus grande improvisation au gré des conditions météorologiques. |
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Trois avantages :
1 ° Découvrir d'autres lieux et d'autres gens.
2° Une intention cachée d'esquiver les bilans que l'on fait pendant ces périodes et les bonnes résolutions que l'on ne tient pas.
3° Echapper aux fêtes que l'on se doit de faire pour passer ce cap souvent délicat. |
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Bref un objectif : Helgoland. N 54 10.851 E 752 975(WGS). |
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Les cartes étalées nous font déjà voyager, l'Internet nous aide à affiner le projet : soit pas mal d'heures face à Google Earth, aux cartes virtuelles, plus divers sites... un exercice intéressant. La recherche de cales de mise à l'eau n'est pas très concluante et reste très floue, ennuyeux mais s'il n'y a que des certitudes, on ne peut pas parler d'aventure ! Heureusement, la nature a des certitudes absolues : les marées, le lever et le coucher du soleil, ce sont elles qui rythmeront nos actions pendant tous ces jours. Quant à la météo (qui nous était favorable au départ), c'est un art délicat avec un peu de science qu'il nous faudra l'interpréter au mieux.
Tout cela nous convient : place à l'action, riche de l'expérience de notre voyage aux Hébrides, le matos est bien adapté : sacs étanches et bidons blancs à couvercles rouges etc. Luxe supplémentaire, nous bricolons un abri sur le bateau : une toile tendue sur deux arceaux Tri rigoureux, empaquetage et enfin nous arrimons le tout sur le pont du pneumatique.
Malheureusement pour ce genre de balade, un maillot de bain et un tube de crème solaire ne suffisent pas ; dans notre cas, combis étanches, importantes réserves de vêtements, sacs de couchage chauds, ça fait pas mal de volume à sangler. |
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Vingt-six décembre : départ. Forts de nos acquis « virtuels », nous sommes confiants : en route vers Eemshaven. La Hollande du sud au nord semble longue, fastidieuse et tellement plate, c'est comme si le vent avait repassé tout ce sable et de ce fait rallongé le sol ! Arrivés à Eemshaven, la nuit tombe (400 km plus au nord les nuits sont sensiblement plus longues), les difficultés commencent : pas le moindre bosquet, pas une petite dépression et se planquer dans un champ d'éoliennes avec voiture, remorque et bateau n'est pas réellement discret. Finalement, c'est dans un coin d'entrepôt à ciel ouvert du port industriel que nous bivouaquerons, baignés par une douce lumière orangée d'une lampe au sodium diffusée par brouillard, romantisme, romantisme... Soulagement, notre slipway n'est plus virtuel, il est vraiment là juste à côté. Après examen, il ne faut pas louper la marée. |
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Bivouac d'Emshaven ( 26-12-06) |
Le matos...le matos...le matos... |
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Avant l'aube, branle-bas de combat, les choses ne sont pas simples : il y a la mise à l'eau, le parking voiture, et le quai pour récupérer le conducteur de la voiture (chut ... c'est celui des bateaux-pilotes), chaque poste bien sûr séparé par de robustes clôtures, quelques kilomètres ou de larges darses... Imaginez avec quel plaisir nous quittons toutes ces tracasseries pour le large ! |
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L'air est vif, le vent aussi, mais bizarrement le fer à repasser s'est arrêté au sable et l'Ems n'est pas repassé du tout ; les vagues sont bien là. L'étape est courte, nous atterrissons au « hafen von Borkum » (Deutschand), ambiance lugubre, pontons déglingués et glissants, barman maussade ; ici, seules deux éoliennes s'amusent en tournant à toute vitesse. L'unique touche de gaîté en cette fin de journée est une grue jaune qui déplace des gravats juste à côté de notre quai. Par bonheur, nous avions imaginé cette ambiance-là, nous ne sommes pas du tout déçus!
C'est tôt le matin, sans regrets, que nous quittons Borkum Havn à l'aube bleuissante. Si les nuits sont longues, forcément les jours sont courts ! D'où notre hâte.
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En longeant l'île de Juist, je ne pense pas que les dunes qui la constituent dépassent les dix mètres de haut. Au milieu de la journée, on voit les lumières du phare tant il fait sombre. Les conditions de mer ne nous encouragent pas à pousser plus en avant que l'île Norderney. Norderney Haven : opulence et propreté ! Ici, même les pontons sont en cale sèche pour y être nettoyés, ce qui pour nous n'est pas des plus pratiques car c'est à couple nous nous amarrons : un seul ponton pour cinq bateaux est en service. Le responsable de la capitainerie, ne nous attendant manifestement pas, nous envoie pour la météo vers le bateau des secours en mer. Le capitaine, un grand costaud blond, nous informe : les prévisions ne sont pas bonnes et avec un sourire amusé nous dit : « Ce n'est pas une bonne idée Helgoland ! » Cette gentillesse sans condescendance pour faire passer un message est bien plus efficace pour nous inciter à la prudence que tout ce que l'on entend d'habitude du style : vous êtes fous, vous n'y arriverez jamais, faute de ne pouvoir nous l'interdire. Conclusion : Helgoland, ce n'est pas pour cette fois! |
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Nordenay : L'atelier des bouées |
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Le lendemain, confirmation, le mauvais temps arrive mais il reste une petite fenêtre pour une courte navigation. C'est soulagés que nous quittons le port ; les regards de certains passants (sans doute ceux qui ont leur bateau en cale sèche) nous font réaliser le ressentiment que peuvent avoir certains déshérités. En croisant le bateau des secours en mer, notre marin allemand nous salue; il nous laissera une impression de force tranquille, de disponibilité et de respect pour notre tentative. Au bout du port, le « garage des bouées » bien rangées debout, elles sont énormes alors qu'en mer elles semblent si petites. |
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En route pour Longeoog, poussés dans le dos par le vent d'ouest, nous atteignons rapidement la marina. Des dizaines d'emplacements sont disponibles mais aucun n'est un minimum abrité du vent. Cette nuit, il soufflera à cent dix km/h. Avec cette vitesse, les boules Quiès atténueront à peine les claquements de la bâche et le crépitement de la pluie. |
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Le port de Longeoog |
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Le contraste entre ces conditions rudes et l'accueil chaleureux des tenanciers du club house nous surprend. Malgré tout, nous passons le plus clair de notre temps à l'extérieur. Pour ne pas perdre notre acclimatation, nous devenons marcheurs ou cyclistes. Les installations portuaires et quatre maisons, la ville à trois quarts d'heure de marche, tout ça sur une île sans voitures, voilà la situation d'isolement idéale pour que huit personnes se regroupent pour le trente et un décembre. Réveillon inattendu et inoubliable : nous sommes confondus par la générosité de nos hôtes, Thomas et Monika (notre collaboration se limitant à une bouteille de vin et un demi-litre d'absinthe).
Le lendemain, Renaud fait la une de la gazette locale en prenant son bain de mer rituel du premier janvier
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Dépressions, vents violents, pluies battantes s'éternisent, l'inquiétude de ne pas rentrer chez nous pour assumer nos obligations grandit. Enfin une légère accalmie, nous appareillons. Les rayons de soleil essaient de chasser la nuit, dernières embrassades, le moteur tourne, nous quittons nos amis. |
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A l'endroit où les îles Longeoog et Baltrum sont les plus proches et bien que ce soit la marée haute, un haut fond nous dresse une vague monstrueuse en forme de dièdre qui nous laisse un fort mauvais souvenir ... heureusement tous les bagages sont bien arrimés, pas de casse. Nous croisons à trois quatre kilomètres de la côte, ce sont de grosses vagues qui masquent régulièrement l'horizon que nous négocions, l'attention est très soutenue pour trouver le point faible de chaque lame. Heureusement l'angle pour les aborder est favorable. En permanence nous sommes aspergés par des giclées d'eau froide, ce qui nous oblige à éponger régulièrement nos masques de protection des yeux. Un rythme se crée avec les vagues et c'en devient un jeu fascinant.
Le sentiment de tenir notre destinée entre nos mains nous grandit : nous respirons la vie à pleins poumons.
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Plus loin, alors que nous allons bientôt entrer dans la mer intérieur du Wadezee, c'est la stupeur : tout l'horizon est barré par des lames coiffées d'écume, tout est blanc ! C'est magnifique et terrifiant. Je me souviens des cartes et d'un étroit chenal entre deux hauts fonds parallèles. On y est, il faut poursuivre. Nous serrons au mieux l'itinéraire du GPS en nous adaptant aux réalités de la mer. Doucement, nous avançons dans cette passe de deux cents mètres de large. Comme la route à suivre s'incurve, l'horizon semble complètement bouché, blanc, sans issue ! Plus question de reculer. Bien au milieu du passage, nous amorçons un virage, des bouées confirment notre choix. La voie devient évidente, de rapides vagues (Quarante km/h) nous poussent dans le dos et très rapidement nous déboulons vers l'entrée du port, la mer s'aplatit, nos tensions aussi.
Arrivés dans la « chic » marina de Norderney, nous avons une surprise : le voilier auquel nous étions amarrés à couple n'est plus là, nous gagnons une case. |
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Courageux mais pas téméraires, nous envisageons un retour par ferry ...A peine sommes-nous partis pour consulter les horaires qu'apparaît notre voilier ponton, cavalcade pour dégager notre pneu de leur emplacement. Sans s'impatienter nos voileux allemands attendent que l'on bouge Ergaster. Après le débarquement de femmes, poussettes et enfants viennent les inévitables questions : « D'où venez-vous ? Où allez-vous ? ». Nous sommes invités dans leur carré ; une tasse de thé à l'abri de vent, ça ne se refuse pas. Ils reviennent d'une balade dans le Wadezee. Grands habitués des lieux, ils nous expliquent, un doigt sur la carte, qu'en partant deux heures avant la pleine mer de Norddereich, le port en face sur le continent, c'est possible de naviguer via le Wadezee mais attention, de grosses vagues rendent certains passages difficiles et avec votre petit bateau... Lorsqu'ils se rendent compte que nous avons fait route au large des îles par la mer du Nord, ils nous rassurent : « Tout compte fait, pour vous, il n'y aura pas de grosses vagues ! » |
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Requinqués par la tasse de thé et ces infos, nous prenons vite notre décision: la honte d'une retraite par ferry nous est épargnée. Nous appareillerons pour passer la nuit dans le port de Norddereich. Le temps d'acheter une bouteille pour les remercier, nos compères ont été chercher un paquet de cartes détaillées et nous les offrent en s'excusant : « Elles ont plus de cinq ans ».Décidément, les Allemands de la mer du Nord nous laissent plein de bons souvenirs. Je pense que pour ceux qui aiment naviguer, la fracture voile/moteur n'a pas de place. A la nuit tombante, nous atteignons la rive d'en face par un chenal bien balisé qu'empruntent les ferries. La marina est envasée, c'est donc le port de pêche qui nous accueille, s'en suit une douce nuit dans une ambiance industrielle. Deux heures avant la marée haute, nous quittons Norddereich. Au vu des bancs de sable qui bordent les passages (de nombreux phoques s'y prélassent), nous comprenons que nous n'avons pas beaucoup droit à l'erreur. |
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Au début, le très étroit chenal secondaire est bien balisé par des balais de sorcière plantés dans le sable. Selon nos infos, nous les laissons à tribord. Dès que l'on s'écarte légèrement, on mouline dans le sable! Plus nous progressons, plus le marquage diminue, les balais ne sont plus que des manches de plus en plus courts et espacés puis plus rien S'en suit une navigation à l'estime d'une dizaine de milles dans une profondeur de soixante à nonante centimètres ! L'inquiétude de heurter une dune sous-marine nous impose une allure modérée mais le jusant qui risque de nous échouer sur cette vaste étendue plate nous pousse à forcer l'allure... Le cap n'est pas trop difficile à tenir, c'est plus ou plus moins parallèle à la côte. Enfin ces conditions changent (nous le croyons), une rangée de balais puis des bouées nous guident. Plus loin, nous croisons un fort étrange bateau. Chargé de l'entretien des bouées, il les enlève, pour les repeindre... à terre. A l'ancienne, compas et observations, nous atteignons le vaste estuaire de l'Ems.
Ici, à ce niveau du marnage, nous avons plus de fond, les bancs de sable sont largement sous eau. Surprise, un banc est signalé par des oiseaux posés sur leurs pattes en pleine eau! Selon la carte, il y a deux mètres d'eau. Cet univers en perpétuel mouvement nous démontre la nécessité de renouveler les cartes régulièrement. Quelques giclures d'eau froide plus tard, nous regagnons Eemshaven. |
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Plus tard, au chaud chez moi, en regardant la route parcourue sur les cartes, j'essaie d'interpréter la légende à côté du chenal balisé par les balais.
Latérale zeichen Bezeichnetes Wattfahrwasser. 01-05 15-09
J'ai fini par deviner que l'entretien du marquage n'était pas assuré en hiver... On ne lit jamais suffisamment les cartes.
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Conclusion : cet hiver, nous n'avons pas atteint Helgoland, la mer ne l'a pas permis. Mais nous n'avons pas vécu ça comme un échec ; l'échec aurait été d'en avoir rêvé et de ne pas l'avoir tenté. Avant tout, ce fut une aventure avec des rencontres humaines comme on n'en fait pas assez et un contact avec une nature austère dans cette ambiance si particulière de l'hiver. |
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Texte & photos |
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Jean-Pierre Bastin |
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Notes techniques |
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Bateau : semi-rigide de 6.50 mètres.
Moteur 4 temps 150 Cv et un petit moteur de secours de 6.6 Cv 4 temps aussi.
Les bagages souples sont stockés dans des sacs étanches, les durs dans des bidons également étanches.
Protection personnelle : vêtements de mer classiques mais le plus souvent une combinaison étanche style surf ou plongée, des gants de plongée et des lunettes de travail en polycarbonate complètent notre équipement. |
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Pour dormir :
1°) rincer le pont du sel avec de l'eau douce.
2°) tendre une bâche sur les arceaux (pas entièrement couvrante).
3°) sous la bâche, allumer une lampe à essence qui éclaire et sèche un peu peu l'atmosphère.
4°) enfin étendre matelas autogonflants et sacs de couchage.
Pour ne pas être dépassés par les agressions constantes du froid et de l'humidité, les techniques sont les mêmes que celles utilisées par les spéléologues pour bivouaquer sous terre.
Pour cuisiner : un réchaud à essence. Nous débarquons à terre et nous nous abritons le plus possible du vent.
Pour se laver : à l'abri du vent également. |
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