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En avant !...euh, calmement, pas de méchantes vagues, mais les hauts fonds ne manquent vraiment pas, heureusement les balises non plus. A quelques endroits ces balises plantées sur le fond, de part et d’autre de l’étroit chenal, sont distantes d’à peine une quinzaine de mètres avec des virages serrés entre les bancs de sable ou de vase. Une attention soutenue et une bonne vue sont bien nécessaires pour couvrir cette première étape de cent soixante kilomètres (dans ce cas on peut parler de kilomètres puisqu’on navigue pratiquement sur terre !) |
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Une brève halte casse-croûte dans le port de la minuscule île de FenØ absolument déserte me réserve une surprise : soudainement un ferry venu dont on ne sait où avale en un rien de temps un afflux de piétons et de voitures, et après ces quelques minutes d’animation tout redevient calme : disciplinés les Danois. |
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Autre surprise : le quai qui m’a accueilli pour ma première nuit s’avère être le parking aquatique d’un supermarché d’accastillage, que l’on se rassure, on sait également faire ses emplettes en voiture : il y a aussi un vaste emplacement pour les parquer. |
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Ouverture à dix heures, tout y est : les caddies, les caissières blondes, les promos et les superbes cartes papier qui me manquaient. Inconvénient : impossible de sortir de là avec seulement ce que l’on a besoin ! Etonnant : le robinet d’eau est cadenassé, bisness is bisness ? Plus probablement, sur une île de deux kilomètres et demi de long sur deux mètres d’épaisseur, il ne doit pas y avoir beaucoup de sources ! |
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Onze heures. Après un essai infructueux pour tanker de l’essence (ma carte « Visa » avait pourtant bien enfanté des « Danishkrone » pour mes cartes marines etc. …), je quitte MasnedØe. |
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Ces îles danoises sont tout sauf chaotiques, les bosquets aux arbres qui on l’air d’être taillés à la même hauteur alternent avec des champs bien soignés jusqu’au bord de mer, les éoliennes bien alignées ; de temps en temps une petite colline, les ponts qui relient ces îles sont les repères les plus sûrs pour se situer. |
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La seconde étape sera la plus courte : 60 kilomètres. Un grain s’annonce, résultat la petite marina de R Ødvig est pleine à craquer, jusqu’à quatre voiliers à couple. J’hérite d’une désagréable place battue par le vent, la pluie et en prime des embruns sautent au-dessus du muret, le tout sur fond musical de câbles inox qui battent sur les mâts des voiliers, de clapot et de cordages qui craquent. |
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Une accalmie s’annonce à la mi-journée, je dispose juste d’assez de temps pour rejoindre Copenhague (une soixantaine de kilomètres), dont, bonheur, quinze kilomètres entre deux bouées « d’eaux sûres ». A propos de bouées, ici certaines sont coiffées de grosses brosses de nettoyage de WC dont les poils sont taillés en boules et teints en rouge et celles d’en face sont taillées en pointes et teintes en vert comme il se doit. |
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Navigation sous un ciel plombé, tout est très gris. En approchant de Copenhague, je croise quelques cargos. De loin j’imagine devoir passer sous un pont : pas du tout, l’immense pont plonge sous l’eau et devient tunnel. Premièrement il faut naviguer au-dessus du trafic automobile ensuite il faut passer sous le trafic aérien. Les avions surgissent de ces nuages si bas à une cadence incroyable pour se poser sur la piste construite au bord de la mer. L’impression en est saisissante. |
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Qui dit Copenhague dit sirène; à ce qu’on dit, elle est petite, d’office je l’associe à manekenpis, conclusion : ça va être difficile de la trouver. Pas du tout, des rafales de flashes la signalent de très loin dès l’entrée du port ! En fin de compte, elle n’est pas petite. Conclusion : vu leur différence de taille, elle ne pourra pas se marier avec notre manekenpis. |
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Plus en avant, après la base des vaisseaux militaires, face au petit port maritime, l’estuaire se rétrécit. Sur l’eau croisent des embarcations les plus disparates : des bateaux bus orange, des bateaux-mouches, des grands voiliers ancêtres, des yachts, des petits voiliers, des vedettes … mon pneumatique fait un peu tache. |
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Les bateaux-mouches sont les plus cocasses : ils sont « kités » style surbaissé ; les touristes ont l’air de pilotes de course ! Afin de ne rien manquer, je leur emboîte l’hélice vers des canaux bordés d’embarcations habitées plus folkloriques les unes que les autres. Très peu naviguent encore, leurs coques richement concrétionnées d’algues et coquillages en attestent. A couple de ces engins flottants des plus hétéroclites, de somptueux voiliers sont venus s’encanailler. C’est l’heure du repas ; des odeurs de cuisine aussi diversifiées que leurs bateaux augmentent l’impression de brassage de société, le tout dans une ambiance bon enfant. |
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D’un coup, je comprends pourquoi les touristes sont aplatis dans ces longues barques surbaissées : il y a des ponts… très bas, séquence émotion pour ces hardis plaisanciers d’un jour : leurs crânes frôlent les vieilles pierres des ponts ! Beaucoup trop bas pour moi, demi-tour, de plus il est temps que je me trouve un coin pour passer la nuit. |
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J’avais déjà repéré une darse très paisible, mais peu de places sont libres, enfin j’amarre à un ponton. De l’autre côté du ponton, un ancien navire de transport à voile avec des dérives latérales, je suppose que ses habitants sont en vacances. Pas du tout, à la nuit tombante une petite vedette en bois accoste et un jeune couple en sort, sacs du supermarché local à la main ! Salutations, cela ne pose pas de problème que je passe la nuit à côté d’eux. Ils n’ont pas envie de faire la causette et se réfugient rapidement dans leur nid flottant. Ce n’est pas le cas de leur voisin, longs cheveux, chemise à fleurs, habitant d’un impressionnant ex-bateau militaire d’une vingtaine de mètres de long. Il papote longuement avec les plaisanciers des deux voiliers qui se sont amarrés à couple deux mètres plus bas. |
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Cette darse et les canaux environnants abritent des engins plus extraordinaires les uns que les autres, de toutes les tailles : d’anciens remorqueurs, des chalutiers, des barges, des cargos, des ferries… Parfois j’ai de la peine à imaginer à quoi ils ont pu servir .On pourrait croire qu’on visite un chantier de restauration d’ancêtres s’il n’y avait les petits hublots éclairés d’où s’échappent de la musique et des rires, le linge qui sèche, voire les inévitables pots de fleurs au balcon, sans oublier les barbecues… Dernière confirmation si nécessaire : les boîtes aux lettres à quai. C’est bien toute une société parallèle pleine de fantaisie qui côtoie une autre plus ancrée sur le sol et apparemment plus figée. |
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Dans le courant de la soirée, je fais des photos d’une étrange construction flottante à la fois géodésique par sa forme générale et triangulaire de part l’assemblage des plaques à trois côtés qui la composent. Reliée au « corps de logis », une plus petite barge rappelle une serre : les vitres transparentes alternent avec d’autres enchâssées de petits panneaux solaires ronds, des plantes y poussent .De temps en temps, une femme ou un enfant apparaît dans la serre puis disparaît dans l’autre partie plus mystérieuse, plus vaste et à deux niveaux. Parfois le vent souffle cette énigmatique habitation jusqu'au bout des amarres qui la ramènent à nouveau à la terre. Quelques semaines plus tard, dans une librairie près de chez moi, je feuillette un bouquin « Styles d'habitations sur l’eau » : surprise, j’y découvre la photo de ce logement qui m’avait tant étonné. |
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Tôt le matin suivant, pour ne pas réveiller le voisinage, je laisse le vent me pousser jusqu’au milieu de la darse avant de démarrer le moteur. Ma carte m’indique plusieurs stations pour le ravitaillement en essence ; rassuré sur ce point, j’entame le retour. |
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Apparemment la Statoil a un monopole dans ces eaux : des beaux « self-services » sur des beaux quais, aux bons endroits, le rêve…en fait un cauchemar. Deuxième tentative, deuxième échec ; ma « Visa » (qui pourtant était Welcome ailleurs) ne plaît pas à la Statoil. Pas grave, la station suivante n’est pas très loin, mais après ce sera à la rame… Vallensbaek marina, la saga du ravitaillement ne fait que commencer. A nouveau pas de miracle : « Visa » ne se transforme pas en essence ! Mais tout espoir n’est pas perdu, le lieu n’est pas désert et il y a même du monde dans les bureaux de la capitainerie. Enfin tout s’éclaircit : pour que le self-service Statoil débite son précieux liquide, il ne faut pas une « Visa » internationale mais une « Visa » nationale danoise ?!!! Et lui, le commodore, m’a rien à voir avec la Statoil qui n’est que son locataire, donc pas moyen de payer avec des billets de banque, en plus ici, les euros, on ne connaît pas vraiment… |
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Bon, me voilà à la case départ d’un jeu de piste : amarrer Ergaster à la bonne case, s’équiper : chaussures de marche, gourde, boussole etc. La banque est à quatre kilomètres d’ici. A la banque, deux plus vieux que moi, étonnants de vivacité, profitent de ma méconnaissance des lieux pour s’emparer de l’indispensable ticket d’attente, en me bousculant au passage. Après quelques cases, c’est mon tour. L’aimable réceptionniste m’informe que pour le change, c’est à l’extérieur de la banque, que cela se passe avec une carte « Visa », pas des billets et ici les euros… Info complémentaire : elle me signale que leur machine est en panne, mais à cinq cents mètres, il y a une autre banque. Tous ces événements ont failli me faire oublier mon code, c’est presque par hasard que « Visa » enfante de belles couronnes danoises. |
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Retour à la case départ, amener Ergaster à la case Statoil, la suite du jeu consiste à quémander aux passants (peu nombreux) qu’ils veuillent bien faire le plein avec leur « Visa » danoise en échange de mes couronnes plus bonus éventuel et avec des garanties style carte d’identité, clef du bateau….Curieusement les Danois n’ont pas de carte « Visa » ou bien l’ont laissée chez eux ! Après une heure de « démarchage », je me tourne vers la gente féminine, une jeune Danoise et son gamin me sortent de ce cauchemar burlesque. Probablement que dans ce pays les petites femmes sont plus sûres d’elles que les gros durs à moustaches. Une petite balade sur Ergaster en remerciement s’impose, il y a du soleil, la dame est belle et souriante, son gamin est ravi et moi aussi. |
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Cinq heures pour faire un plein, ma journée est largement entamée ! L’étape sera courte. Ces tracasseries m’ont pris beaucoup d’énergie et plutôt que de m’ancrer dans une petite baie sympa, je choisis la facilité : retour vers un endroit connu : RØdvig-Havn. |
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Six heures du mat, sans petit déjeuner, (un demi-litre d’eau suffira), je quitte le port ; je veux profiter de ce calme que l’on dit avant la tempête. Bien que je n’aime pas passer aux mêmes endroits, je reprends le même itinéraire qu’à l’aller ; la trace laissée sur le GPS va me faciliter la tâche. Un léger brouillard noie toutes les formes, (côtes, balises, ponts) déjà grises en ce petit matin. Pas un souffle de vent en ces lieux si dégagés, c’est très suspect, comme si le mauvais temps prenait de l’élan pour mieux bondir : je force donc l’allure et malgré quelques slaloms entre les balais de sorcière rouges et verts, je couvre cent cinquante kilomètres en trois heures ! Petit à petit la mer se ride, les nuages s’épaississent, les vagues se forment ; conséquence, la dernière ligne droite ne peut se parcourir que rarement au plané. |
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Après deux cent vingt-huit kilomètres de navigation depuis RØdvig, Kiel m’ouvre son estuaire. Une halte petit pain au chocolat - café est d’un réel réconfort. Réconfort suffisant pour envisager le retour vers Bruxelles. |
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A peine ai-je parcouru quelques kilomètres que les orages se déchaînent les uns à la suite des autres pratiquement jusqu’à la frontière belge. Régulièrement des trombes d’eau rincent consciencieusement Ergaster : j’aime bien. Vingt trois heures, je suis chez moi et déjà de nouveaux horizons me hantent. |
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