En 1930, la famille de Hemptinne est installée en Indonésie où le père dirige une plantation d’hévéas, l’arbre à caoutchouc… prémonitoire pour un futur pneusard. C’est là que naît Michel, le 15 juillet 1930.

1971  Bruxelles – Antalya

1971 est une date décisive autant pour lui que pour la navigation en pneumatique. Avec son « Ulysse », un Zodiac Mark V, 5.80m de long, 2.40m de large, motorisé par un 60 cv Johnson, un réservoir fixe de 160 litres et quelques réservoirs souples, il quitte le BRYC à Bruxelles et rallie Antalya, en Turquie, via les canaux français et la Méditerranée, sans sponsor et avec pour seule compagnie celle du jeune Paul-Michel Hervy, photographe, 22 ans, sans aucune expérience de la mer.

Après une longue et paisible navigation au fil des eaux intérieures belges et françaises ils atteignent la Méditerranée. Côte d’azur, Ile d’Elbe, côte italienne sous une pluie torrentielle, remontée délicate du Tibre jusque Rome, Naples, les îles Lipari avec le Stromboli, Messine puis traversée de 27 heures vers la Grèce, 342 NM jusqu’à Patras. Puis c’est le canal de Corinthe et le dédale des îles du Péloponèse. Après Rhodes, c’est la côte turque, Marmaris, et après 3 mois de navigation Antalya. 5 500 km qui mettront en lumière la résistance et les qualités marines du pneumatique.

Au fil des années et des voyages, M. de Hemptinne devient, après Bombard et Delanne, un des grands spécialistes du pneumatique dans le monde

1973  Islande - Norvège

« Ulysse » emmène notre aventurier pour un raid ralliant Reykjavik (Islande) à Bergen (Norvège) qui lui fera goûter au climat « pré-arctique ».

Deux bateaux cette fois… Ulysse Zodiac MKV GR, que nous connaissons déjà et le « Raz-le-Bol » un Zodiac MKV HD. L’équipage de Ulysse est composé, en plus de Michel, de Ciccio (Francesco Costanzo) 31 ans, et de Louis Claus 23 ans. Celui du Raz-le-Bol, de Massimo Maggia, le capitaine, et de deux belges, Charles-Albert de Lantsheere et Nicolas de Halleux.

L’expédition quitte Anvers le 11 juillet à bord d’un cargo islandais se rendant à Reykjavik.

Le grand départ a lieu le 19 juillet. Les réserves d’eau à bord ne sont que de 5 litres par bateau, compte tenu des nombreuses précipitations, par contre pour l’essence, la quantité théorique nécessaire pour chaque traversée avait été multipliée par deux.

Avant de cingler vers les Féroé, il faut contourner l’Islande avec escale aux îles Vestmann. (7 bft et des creux de 3 m). Le froid sera une véritable torture tout au long du voyage, t° moyenne en juillet 6 à 10°. En 12 heures, les 100 NM sont parcourus, les îles offrent un spectacle stupéfiant depuis qu’un volcan y a fait éruption. Ensuite 160 NM jusqu’à Hôfn puis on longe le plus grand glacier d’Europe. Tout est gris, le ciel, la mer et les rochers.

La plus longue traversée, 320 NM, emmènera les navigateurs jusqu’aux Féroé en 24 heures.
Cap sur les Shetland, 14 heures de mer sans trop de problèmes.

Dernière étape Bergen. Après un départ chahuté dû à des rencontres de courants, et sous une pluie incessante, ils rallient Bergen après avoir parcouru 210 NM

1976  Fondation du Belgian Pneumaticlub

Dans le cadre de son projet prévu en 1977, Michel, agent immobilier à l’époque, crée le Belgian Pneumaticlub…

Le siège initial sera à son domicile de l’avenue Léopold Wiener 94 à Watermael Boitsfort.

La création du club avait pour but d’encourager la navigation de plaisance par l’utilisation de bateaux à structure gonflable, dénommés plus communément bateaux pneumatiques. Il avait également pour fonction de peser sur les sponsors devant aider à la réalisation des objectifs de navigation ambitieux de son président.

1977  Singapour – Australie

Après avoir fondé le Belgian Pneumaticlub, c’est une autre aventure qui est mise sur pied : Singapour – Australie, un voyage qu’il relate avec talent dans un livre passionnant, « le soleil dans le dos ». 6 000 kilomètres emportant le  « Berani » (« courageux » en malais) et le « Selamat » (« bon » dans la même langue) dans une expédition où bateaux et équipages iront au-delà de leurs propres limites. Iimpossible de vous compter par le détail pareille aventure, il faut impérativement lire son bouquin dont les qualité ne résident pas seulement dans la narration mais aussi dans l’écriture, chose rare dans ce genre de littérature.

Cette fois, il bénéficie d’un sponsoring important et plus ou moins sérieux, nous verrons pourquoi. Zodiac, Johnson, Fina, la KLM et bien d’autres l’assistent.

Quelques anecdotes cependant méritent le détour…Les bateaux mis à sa disposition par Zodiac ont servi à des tests…de tir au mortier ! Ce qui entraîne la perte de Berani, usé jusqu’à la corde, le fond déchiré sur plus de quatre-vingts centimètres, il est abandonné sur une île indonésienne après avoir tout tenté pour le sauver et attendu vainement un secours de l’Europe.

L’épopée est une succession d’avatars et de problèmes auxquels ils doivent faire face, le côté tatillon des autorités, un tremblement de terre, j’en passe et des meilleurs. Sélamat arrivera seul à Darwin en Australie. Pour la circonstance Michel enfilera un pantalon propre, une chemise et une cravate précieusement conservées au sec pour la circonstance.

A la voile

Le « Berani II », un voilier qui en sait long sur le monde… M. de Hemptinne veut avoir absolument une image personnelle du monde, pas celle que l’on veut bien nous montrer. Il veut avoir la confirmation de ce qu’il ressent confusément en lui. Ses deux voyages l’entraînent ainsi dans une longue descente au cœur de l’humanité. Les Iles du Cap Vert (ancien comptoir d’esclaves portugais), l’Afrique du Sud (Il sera un témoin privilégié du fameux référendum, en plein Apartheid, un homme = une voix), le Brésil (Il rencontrera Dom Helder Camara à Récife où il était exilé, pour l’interroger non pas sur Dieu, mais sur la vraie raison de la misère qui sévit là-bas) seront autant d’étapes révélatrices.

La route qu’emprunte Berani est assez classique car tout marin est tributaire des circonstances climatiques (cyclones, périodes de mousson…), seule la durée des escales et la démarche intellectuelle sortent du commun.

Durant son tour du monde Michel donne occasionnellement de ses nouvelles par le biais d’une carte postale transmise à José Goffinet le secrétaire de l’époque

Le deuxième tour du monde dure trois ans. Il connaît un pic émotionnel intense en Indonésie, à Alor où 20 ans auparavant  Michel avait dû abandonner son Zodiac. La fin de son Berani était une cicatrice restée aussi béante dans son cœur que la déchirure qui avait achevé le bateau. Croisant dans les parages, il ne peut s’empêcher de revenir hanter ces lieux. S’enquérant auprès du nouveau « harbourmaster », il n’imagine pas une seconde ce qu’il va vivre : on extirpe du fond d’un placard la carcasse de ce qui fut son moteur Johnson 70 cv avant de lui indiquer, à l’extérieur, l’endroit, marqué par une petite stèle, où la population avait enfoui son bateau, touchée par le chagrin de cet homme qui venait de perdre un véritable compagnon.

Il y a quelques années, il avait encore animé une soirée au Club et en 2004, nous avait retrouvés pour un banquet annuel.

Il a vécu ses dernières années sur son bateau à Nieuport où quelques uns du Club sont allés lui rendre visite jusqu’au moment où, la maladie gagnant du terrain, il a dû retrouver la terre ferme.

ll s’est éteint le lundi 20 août 2007.

 

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